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L’art d’investir

Les secrets de l’achat sur marge

mercredi 2 avril 2008, par Christine Deslandes


Voici un scénario à faire rêver : faire de l’argent en Bourse avec l’argent des autres, c’est-à-dire en empruntant.

Certains prétendent même que la recette est assez simple. Par exemple, si vous avez 50 000 $ à investir, vous pourriez emprunter la même somme et placer 100 000 $ dans les actions XYZ. Si leur cours double par la suite, vous aurez empoché 100 000 $, ce qui représente un rendement de 200 %. Alléchant, n’est-ce pas ?

Mais attention cepdant ! Car des calculs de ce genre, on en voit un peu partout. Et leur but est surtout de vous inciter à utiliser l’effet de levier.

Il est vrai que des gens se sont vraiment enrichis avec cette stratégie. Prenez le cas de Michael Lee-Chin, le fondateur des Fonds AIC. Parti de zéro, cet homme d’affaires canadien est aujourd’hui milliardaire…

D’autres, cependant, ont vu cette expérience tourner au cauchemar… Pourquoi ? Parce qu’en démontrant que l’emprunt peut propulser les rendements, on vous explique seulement « les gros caractères » du contrat. Mais, comme vous le savez probablement, les « petits caractères » sont toujours très importants.

Une dégelée…

Que se serait-il passé dans l’exemple précédent, si la valeur des actions XYZ avait chuté de moitié. Vous vous seriez retrouvé avec 50 000 $ en fin d’année… Malheureusement, il s’agit-là du montant que vous avez emprunté. Une fois qu’il sera remboursé, il ne vous restera rien. Votre capital initial se sera donc envolé en fumée !

Comment est-ce possible ? C’est que l’emprunt amplifie autant vos gains que vos pertes (effet de levier).

Voilà pourquoi il est préférable de toujours emprunter un montant que vous pourrez rembourser facilement, au cas où les choses tourneraient mal. Vous devriez aussi estimer dès le départ combien vous pouvez perdre si le pire survenait.

En pratique, on remarque que bon nombre d’investisseurs chevronnés limitent leur emprunt à 10 ou 20 % du capital investi afin de ne pas trop s’embourber dans les dettes. Ainsi, avec une mise de fonds de 50 000 $, le montant emprunté serait de 10 000 $ ou moins.

Les conditions d’emprunt

Évidemment, vous devriez toujours avoir le réflexe de vous renseigner sur les conditions d’emprunt. Le taux d’intérêt est de combien ? Est-il fixe ou variable ? S’il varie, vous devrez alors estimer la probabilité d’une hausse des taux d’intérêt. Vous devrez donc évaluer les pressions inflationnistes et l’évolution de la politique monétaire.

Et puis, vous savez probablement que certains prêts offerts par les compagnies financières sont dits « sur marge ». La particularité de ces prêts est qu’ils peuvent enclencher un appel de marge. Comment ça fonctionne ?

Normalement, ces facilités de crédit vous permettent d’emprunter jusqu’à 90 % de la valeur au marché des obligations. Ainsi, si vous achetez 1 000 obligations ABC à 80 $ l’unité, en déposant une couverture (une mise de fonds) de 8 000 $ dans votre compte sur marge, vous emprunterez automatiquement le reste, soit 72 000 $ (80 000 $ x 90 % = 72 000).

Par contre, si le prix des obligations ABC venait qu’à tomber à 77 $, votre compte serait alors déficitaire de 2 700 $ parce que le courtier peut seulement prêter 90 % de la valeur au marché, soit 69 300 $ (90 % x 77 000). Puisqu’il vous a déjà avancé 72 000 $, il doit récupérer la différence (72 000 – 69 300 $). Mais si vous êtes incapable de lui donner cette somme rapidement, les obligations seront vendues au prix actuel, et vous subirez une perte.

L’impact fiscal

Autre chose importante, on vous dira généralement que l’effet de levier procure un avantage fiscal intéressant, car l’intérêt sur l’emprunt peut être déduit de l’impôt. Par contre, en faisant cette affirmation, on omet de vous spécifier que ce n’est pas une loi universelle.

Par exemple, au Québec, les intérêts versés à des fins d’investissement se déduisent uniquement des revenus d’investissement, alors qu’ils peuvent être déduits de l’ensemble des revenus du contribuable dans d’autres provinces. Cette simple nuance est d’une grande importance. Si un investisseur québécois ne tire aucun revenu de ses placements, il ne pourra jamais déduire les intérêts payés.

Comme vous voyez, emprunter pour investir n’est pas aussi simple qu’on le laisse entendre. Et pour ne pas avoir de mauvaises surprises, vous devez réellement prendre le temps d’analyser tous les dangers avant d’aller de l’avant.

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