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Montée du protectionnisme
Les fonds souverains inquiètent lundi 22 octobre 2007, par Christine Deslandes
Les fonds quoi ?... Souverains...
Pour la première fois, les fonds chargés de gérer les avoirs d’un État en monnaies étrangères, les fonds souverains, étaient à l’ordre du jour de la réunion du G7. Et cette brusque entrée sur la scène de la diplomatie internationale n’est pas étrangère à leur importance grandissante.
Les fonds souverains détiennent actuellement autour de 2 à 3 billions $ US, et ils pourraient atteindre 10 billions $ US d’ici 2012. Dans le dernier numéro de Finances & Développement, publié par le Fonds monétaire international (FMI), l’organisme compare en outre ces avoirs à la taille du PIB des Etats-Unis, qui s’élève à 12 billions $ US, et la valeur totale des titres négociés en Bourse (actions et obligations) à l’échelle mondiale, de 165 billions $ US. Vus sous cet angle, les trois billions $ US semblent raisonnables.
Cependant, ce montant est substantiel par rapport à la taille de certains marchés émergents. La valeur totale des titres négociés en Afrique, au Moyen-Orient et dans les pays émergents d’Europe avoisine les 4 billions $ US. Par ailleurs, le total des avoirs gérés par des fonds spéculatifs privés - une catégorie de fonds d’investissement privés recherchant des rendements élevés - est estimé à un peu moins de 2 billions $ US.
Actuellement, plus de vingt pays détiennent des fonds souverains, et environ six autres ont exprimé la volonté d’en constituer. La Norvège dispose d’un fonds souverain important, tout comme des États aussi disparates que l’Alaska, le Canada, la Russie, ainsi que Trinité-et-Tobago. Les pays d’Asie et du Pacifique, y compris l’Australie, la Chine et Singapour, détiennent près du tiers de l’ensemble des avoirs.
Dans quoi sont-ils investis ?
Or, ce qui agace avec ces fonds, c’est qu’ils se montrent très secrets. La plupart d’entre eux ne publient pas d’information sur leurs avoirs, leurs engagements ou leurs stratégies de placement.
Les observateurs pensent qu’ils ont surtout des « positions longues », c’est-à-dire des stratégies visant à acheter des titres et à les conserver, et n’utilisent donc pas la vente à découvert ni l’effet de levier. Par contre, des données empiriques attestent qu’au moins une banque centrale aurait investi dans Long-Term Capital Management, un fonds spéculatif qui a fait faillite en 1998. Une autre a apparemment investi récemment dans un grand fonds de placement privé.
De plus, le fonds souverain norvégien a signalé récemment qu’il privilégiera désormais les actions au détriment des obligations. Et plusieurs pensent que cette tendance est en train de se généraliser.
Il semble donc évident qu’une partie des avoirs gérés actuellement par les fonds spéculatifs et les fonds de placement privés proviennent des fonds souverains. Mais il est impossible de connaître les sommes en cause.
Quels sont leurs buts ?
Ce manque de transparence, unanimement décrié, soulève des interrogations sur les conséquences possibles de ces fonds, tels le patriotisme économique et leurs impacts sur les marchés. Le danger réel réside dans le fait que les fonds souverains pourraient pousser certains pays à se protéger contre les investisseurs étrangers. Évidemment, pour des raisons de sécurité nationale, il existe toujours des restrictions sur ce que les étrangers peuvent détenir. Toutefois, des événements survenus récemment sur la scène internationale donnent l’impression que certains pays se sont avancés sur une pente glissante qui mènera rapidement et douloureusement à une montée du protectionnisme.
Voilà donc pourquoi les observateurs pensent qu’il serait préférable d’accroître la transparence de ces fonds. Mais, pour le moment, il est impossible de dire si les pays concernés se plieront volontiers à cette nouvelle exigence.
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