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Crise des prêts hypothécaires à risque
Le secret est dans la « pomme » vendredi 18 avril 2008, par Christine Deslandes
Joseph Jetten - Les plus âgés d’entre nous se souviennent encore de l’histoire de Marcelle dans le manuel scolaire des années 60. « Sa mère lui demande de trier les pommes du panier et de jeter celles qui ne sont plus bonnes. Marcelle en découvre seulement une légèrement gâtée et se dit qu’il serait bien dommage de la jeter pour si peu. Le lendemain, elle découvre que toutes les pommes sont maintenant viciées. Sa mère la dispute en apprenant qu’elle n’a pas jeté la pomme légèrement gâtée puisque celle-ci aurait contaminé les autres pommes du panier. »
Aujourd’hui, plusieurs banquiers de 50 ans et plus regrettent de ne pas s’être souvenus de cette histoire. En effet, pour augmenter leurs profits, ils ont introduit dans leur panier des prêts hypothécaires - des pommes - dont la qualité était douteuse ou même inconnue. Pis encore, ils ont cessé d’inspecter régulièrement les pommes parce que, de toute façon, ils n’étaient plus exposés à ce risque, les prêts étant rapidement revendus sur le marché. Finalement, pour rendre le tout encore plus attrayant, ils ont coupé chaque pomme en milliers de tranches, puis ils ont revendu des pommes reconstituées à partir de morceaux provenant de différentes pommes. Ainsi, toute pomme possiblement gâtée passait inaperçue.
Fait à noter, ce petit manège a brisé le lien traditionnel qui existe entre le banquier et l’emprunteur. D’abord, le banquier a cessé de vérifier les informations fournies par l’emprunteur puisque, de toute façon, la banque n’assumait plus le risque lié au prêt. Ensuite, des emprunteurs ont transmis de fausses informations lors de leur demande de prêt. Enfin, la pression de la concurrence a même poussé certaines banques à accorder des prêts à des gens qui ne fournissaient aucun document pour soutenir leur demande ; le banquier exigait simplement un taux d’intérêt plus élevé sur le prêt, facilitant ainsi la revente du panier de prêts sur le marché.
Une chose alors, qui devait arriver tôt ou tard, se produisit. Le nombre de reprises de finance s’est mis à augmenter parce que des gens n’avaient plus les moyens de payer leur hypothèque. Comme chaque prêt était dispersé dans plusieurs paniers différents, la vitesse de propagation de la crise hypothécaire américaine fut instantanée. Du jour au lendemain, des paniers n’ont plus trouvé preneur. Soudainement, les banques ont refusé de se prêter de l’argent entre elles pour des périodes aussi courtes que 24 heures, ne sachant pas où sont les pommes « pourries ».
Le dénouement de ce drame se fait encore attendre. Les estimations des pertes associées à cette aventure sont maintenant supérieures à 900 G$ US et pourraient être revues à la hausse. De grandes banques à travers le monde ont déjà déclaré des pertes colossales et ne savent toujours pas combien elles perdront exactement en bout de ligne.
Les ingrédients de cette crise immobilière sont toutefois assez bien documentés. Les éléments déclencheurs sont nombreux : taux d’intérêt historiquement bas, éclatement de la bulle technologique en 2000 qui a incité des gens à investir dans l’immobilier, augmentation régulière des prix des maisons qui a poussé des institutions financières à relâcher leurs critères de prêts, l’arrivée sur le marché d’une légion de nouveaux acheteurs et de spéculateurs qui a favorisé à nouveau un relâchement des normes de prêts.
Ce petit manège a bien fonctionné jusqu’en 2007, année où la bulle immobilière a éclaté. Non seulement cette crise a eu des conséquences désastreuses pour les banques, mais elle a aussi frappé durement les ménages. On s’attend à ce que près de deux millions de ménages américains perdent leur maison en 2008. Les gens vivant dans des quartiers défavorisés sont les principales victimes. Ces derniers ont soutenu la dernière phase du cycle de croissance, en devenant propriétaire d’une maison qu’ils ne pouvaient pas nécessairement s’offrir. Pis encore, c’est aussi dans ces quartiers que la valeur des maisons a le plus diminué étant donné le nombre élevé de reprises de finance.
Les organismes sans but lucratif œuvrant auprès d’emprunteurs en difficulté ne répondent même plus aux sommations des banques et précisent que toute solution doit nécessairement passer par la responsabilisation financière des gens.