|
|
Michel Santi - La Russie a connu ces dix dernières années un redressement économique spectaculaire et exemplaire. Pourtant, elle revient de loin car, suite à l’implosion de l’Union Soviétique à la fin des années 80, l’effondrement de son économie nationale et la succession des crises jusqu’en 1998 sont encore dans toutes les mémoires.
Ayant pourtant démarré sous de bons auspices grâce à une reprise de la croissance, l’année 1998 devait se révéler calamiteuse pour la Russie post-communiste, qui se retrouvait en difficulté de paiement pour avoir défendu la valeur du rouble. Depuis cette époque, cependant, la Russie croît à un rythme annuel de l’ordre de 7 % et a même enregistré une croissance de 8,1 % en 2007, et ce, malgré la crise des prêts hypothécaires à risque.
Les réserves de sa banque centrale, qui étaient insignifiantes en 1998, se montent à présent à 480 G$ US ; au troisième rang mondial, son surplus budgétaire représente 6 % de son PIB ; son excédent commercial a doublé en quelques années ; et son endettement est pratiquement nul...
Goldman Sachs a qualifié de « remarquables » les performances russes, alors qu’UBS a employé le terme « magnifiques ».
Grâce à la Russie, nous ne sommes pas confrontés à un baril de pétrole à 150 ou à 170 $ US. En effet, ayant privé il y a trois ans l’Arabie Saoudite de son titre de plus gros exportateur de brut, la Russie a appuyé son essor économique sur la multiplication par deux de ses exportations, alors qu’elle refusait de rejoindre le club de l’OPEP.
Ayant amorcé un virage qui diminuera progressivement sa dépendance à ses exportations pétrolières et gazières, la Russie attire à présent des capitaux et des multinationales et voit ses ventes au détail croître de 13 % par an en termes réels. La construction et l’investissement domestique ont progressé respectivement de 16 % et de 20 % par an...
Seule ombre au tableau, l’inflation y était de 12 % en 2007, car les prix alimentaires ont pris l’ascenseur. Mais la banque centrale russe, à contre courant des grandes banques centrales à travers le monde, a récemment augmenté ses taux d’intérêt et favorisé l’appréciation du rouble afin de réduire l’inflation.
Certes, comme dans tout système capitaliste naissant, la corruption et le pouvoir judiciaire faible minent le pays. Mais un taux d’imposition sur les revenus de 13 % attire des banques étrangères et favorise le dynamisme de régions comme Moscou et Saint-Pétersbourg, qui croulent sous le poids des marques et des produits étrangers.
Entre décembre 1999 et la fin de l’année 2007, la capitalisation boursière russe a progressé de 60 à 1 000 G$ US. Cet essor, qui s’est construit depuis l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine en 1999, se poursuivra sans aucun doute avec le nouveau président, Dimitri Medvedev, qui a promis de persévérer dans la voie du libéralisme, de la décentralisation et de la réduction du fardeau fiscal. Conscient des lacunes de ses dirigeants, la classe moyenne russe, de plus en plus large et de moins en moins politisée, recommence néanmoins à faire des plans pour l’avenir tout en bénéficiant d’augmentations salariales de 10 % l’an et d’un niveau d’éducation en constante amélioration. Mais les russes, qui accèdent chaque année à la propriété par millions, apprécient par dessus tout la stabilité économique et financière de leur pays.
Résolument engagée dans le libéralisme, la Russie exige de traiter d’égal à égal avec ses partenaires commerciaux occidentaux. Dans ces conditions, comment justifier le refus de certains pays d’admettre la Russie au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce alors que la Chine en est membre ? Qu’on le veuille ou non, la Russie a progressé non seulement au niveau économique, mais également sur la question des libertés individuelles. Et il faut espérer que l’élection de Medvedev sera la dernière à s’être déroulée dans des conditions imparfaites.
En attendant, le pays devra investir encore massivement dans son capital humain afin d’améliorer l’éducation et la santé et, à ce titre, les 1 000 G$ US d’investissements dans les infrastructures promis par M. Medvedev devront absolument être honorés. La Russie devra également faire l’apprentissage de la bonne gouvernance, facteur important qui distingue les pays bénéficiant d’une productivité et d’une capacité d’innovation élevées.