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Dépréciation de la livre sterling

Gordon Brown, le sauveur du monde…

mardi 16 décembre 2008, par Christine Deslandes


Michel Santi – « Nous n’avons pas seulement sauvé le monde »... Ce formidable lapsus de Gordon Brown à la Chambre des Communes, le 10 Décembre dernier, a coïncidé avec une baisse record de la livre sterling face à l’euro et avec les avertissements de George Osborne, le chancelier « fantôme », selon lesquels « une monnaie faible est le signe d’une économie faible et d’un gouvernement faible »...

Certes, nos amis d’outre-Manche invoquent le différentiel de taux d’intérêt légèrement favorable à l’euro puisque ce dernier rémunère à hauteur de 2,5 %, alors que les taux officiels britanniques sont à 2 %, ce qui est leurs plus bas niveau depuis 57 ans. Cependant, investisseurs et analystes anticipent une récession plus grave en Grande-Bretagne que dans l’Union européenne, car l’économie britannique est nettement plus dépendante des secteurs financiers et immobiliers. Par ailleurs, les marchés, qui tiennent en estime la Banque centrale européenne, semblent avoir une piètre opinion de sa consoeur britannique et des mesures de Brown, comme la baisse de la T.V.A., qui ont été taxées de machines à creuser les déficits...

« Iriez-vous vraiment acheter un lecteur DVD du fait qu’il vaut à présent £ 39,10 au lieu de £ 39,90 ? » Cette question légitime a été posée par le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, dans une interview accordée à Newsweek. Cette question doit être interprétée comme une critique à l’encontre de ces stimuli fiscaux britanniques dont l’effet est plus qu’incertain.

La monnaie britannique a totalement perdu son statut de réserve de valeur, car les banques centrales mondiales lui préfèrent, dans l’ordre, le dollar, l’euro et le yen. En d’autres circonstances, cette chute de la livre, qui devrait encore s’affaiblir jusqu’à atteindre la parité contre l’euro, aurait eu de sérieuses implications inflationnistes, mais ces conséquences sont très largement diluées dans la conjoncture déflationniste que l’on connaît aujourd’hui. Toujours est-il que cette chute de la livre aurait également pu amoindrir l’ampleur et la durée de la récession en Grande-Bretagne. Souvenons-nous en effet des conséquences de la sortie forcée de la livre du système monétaire européen le 16 septembre 1992.

En réalité, ce « mercredi noir » avait marqué la fin de la récession britannique et inauguré une longue période de forte croissance économique, croissance qui avait dépassé par la suite celle de la zone euro ! Il est vrai que la compétitivité de l’industrie exportatrice britannique avait été à l’époque très nettement favorisée par la dégringolade de la livre sterling. Pourtant, la situation est sensiblement différente de nos jours car l’affaiblissement de la livre ne profite quasiment plus à une industrie nationale décimée, les usines britanniques encore opérationnelles achetant et facturant du reste pour la majorité en euros...

La lente descente aux enfers de la livre, tout en ne profitant plus que très partiellement à l’économie du pays, est donc d’abord le reflet d’une perte de confiance progressive des investisseurs internationaux dans les obligations de l’État britannique du fait d’un endettement public massif. Effectivement, les rendements britanniques étant actuellement ce qu’ils sont, où est l’intérêt de l’investisseur étranger si, par surcroît, la livre perd de sa valeur ?

Gordon Brown, qui a fait redécouvrir à son pays les vertus du keynésianisme, doit donc revoir sa copie et freiner ses ambitions d’injections massives de liquidités aussi bien dans le système bancaire que dans l’économie britanniques. S’il suffisait de s’endetter et de creuser les déficits pour sortir une économie du marasme, cela se saurait...

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