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Les fonds monétaires regorgent d’argent

Dans quoi seront investies ces liquidités ?

mardi 10 février 2009, par Christine Deslandes


Groupe financier Banque Nationale - En juillet dernier, nous avons présenté quatre conditions qui doivent être réunies pour envisager un retour en force sur le marché boursier : la fin de la chute des prix immobiliers résidentiels aux États-Unis, des prévisions d’analystes plus réalistes, une forte baisse du prix du pétrole et une stabilisation du système financier.

Aujourd’hui, le seul facteur qui nous inquiète encore est la santé du secteur financier américain. Les mesures prises par des pays aux quatre coins du monde pour renforcer leurs systèmes financiers revêtent à notre avis une importance cruciale.

Nous considérons que les récentes interventions publiques sont particulièrement importantes parce que nos recherches démontrent que les marchés boursiers ont peu de chance de rebondir si les services financiers ne sont pas au rendez-vous. Quand le secteur financier se stabilisera – ce qui, espérons-le, se produira bientôt – nous nous attendons à ce que des masses de liquidités inondent le marché boursier.

Les actifs des fonds du marché monétaire en proportion de l’ensemble des fonds communs de placement atteignent actuellement un record de 17 ans. Qu’adviendra-t-il de ces capitaux ?

Quelle stratégie sectorielle est la plus payante dans les reprises de fin de récession ?

Fait à noter, les actions ont tendance à rebondir avant la reprise de l’économie. Nous avons calculé que les marchés boursiers atteignent en général le creux de la vague aux deux tiers d’une récession.

Selon nos prévisions, la récession actuelle sera la plus longue depuis celle des années 30. Nous prévoyons qu’elle durera 20 à 22 mois. Comme la récession américaine a débuté en décembre 2007, nous sommes actuellement parvenus à une fenêtre de 13 à 15 mois, et si on applique la norme historique des deux tiers, les investisseurs devraient commencer à anticiper la reprise économique et à faire remonter les actions.

Historiquement, les rebondissements à la fin d’une récession sont très forts. En moyenne, au cours des cinq derniers épisodes aux États-Unis, l’indice S&P/TSX a rebondi de 19,7 % par rapport au creux du marché lorsque la récession a pris fin. Et au cours des six mois qui ont suivi la récession, l’indice S&P/TSX a encore gagné 10,9 % de plus.

Règle générale, les actions les plus performantes à la fin de ces revirements cycliques sont celles qui avaient été le plus durement éprouvées au départ. Mais tous les secteurs de l’économie ne rebondissent pas au même rythme.

Certains (ex. : biens de consommation discrétionnaires) sont plus sensibles à l’économie, alors que d’autres (ex. : biens de consommation de base) ne le sont pas. Nous qualifions de « cycliques précoces » les secteurs et sous-secteurs qui rebondissent beaucoup plus que le reste de la bourse durant la période qui va du creux du marché à la fin de la récession. Les secteurs « cycliques tardifs » – ceux qui dépassent le reste du marché une fois que la récession est officiellement terminée – sont également intéressants.

Traditionnellement, aux États-Unis, les secteurs de l’automobile, des matériaux de construction, des équipements ménagers, du commerce de détail et de la construction résidentielle sont considérés comme des secteurs cycliques précoces. L’aluminium, les produits chimiques, le cuivre, le papier et les produits forestiers, l’acier et les machines représentent des secteurs cycliques tardifs.

Comme le marché canadien n’est pas composé des mêmes secteurs et sous-secteurs qu’aux États-Unis, nous avons cherché à repérer ceux qui se comportent le mieux dans une reprise de fin de récession. Pour cela, nous avons calculé le rendement des secteurs et sous-secteurs canadiens pendant les cinq dernières récessions américaines (1973-1975, 1980, 1981-1982, 1990-1991 et 2001). Nous avons ainsi pu identifier quatre secteurs qui se démarquent dans ces conditions : industrie, santé, services financiers et TI. Les sociétés de consommation discrétionnaire sont à la traîne, mais de peu. Comme aux États-Unis, les secteurs des ressources naturelles accusent en général un léger retard.

Quant aux secteurs cycliques tardifs, les matériaux, la consommation discrétionnaire, la consommation de base, la santé et les services financiers s’en tirent généralement mieux que l’indice une fois que la récession est terminée.

Sur le plan sectoriel, nous remarquons qu’un seul sous-secteur de l’énergie se porte bien dans les reprises de fin de récession : l’exploration et la production de pétrole.

Dans le secteur des matériaux, seuls le platine et les métaux précieux dépassent le marché pendant ces périodes.

Parmi les produits reliés à la consommation, les véhicules et pièces automobiles, la radiodiffusion et les divertissements, ainsi que le commerce de détail dépassent habituellement l’indice. Enfin, nous remarquons qu’il n’y a qu’un sous-secteur des services financiers qui dépasse le reste du marché à la fin d’une récession : celui des banques.

Il existe aussi quelques secteurs et sous-secteurs qui ont le privilège de surpasser le marché pendant la dernière partie d’une récession mais aussi une fois que celle-ci est officiellement terminée. C’est le cas de l’exploitation et la production de pétrole et de métaux précieux, des véhicules et pièces automobiles, de la radiodiffusion, des divertissements et du commerce de détail. En général, tout ce qui se rapporte à la santé dépasse le reste du marché. Enfin, nous soulignons que les banques se portent toujours bien à la fin d’une récession et pendant les premières phases d’une expansion.

Où en est-on actuellement ?

L’indice S&P/TSX a enregistré un nouveau creux quinquennal le 20 novembre 2008. Depuis, il a rebondi de 12,5 %. Parmi les secteurs qui ont bien tiré leur épingle du jeu, nous constatons que deux sont typiquement des secteurs cycliques précoces : les TI et la santé, qui ont rebondi de 42,3 % et 20,7 % respectivement depuis leur creux sectoriel.

Mais nous constatons aussi que le secteur des matériaux, qui n’est pas typiquement un secteur cyclique précoce, a augmenté de 56,5 % depuis son dernier creux. Alors qu’une bonne partie de ce rebondissement est attribuable au sous-secteur de l’or (en hausse de 107,7 % depuis octobre 2008), les autres sous-secteurs des mines et métaux ont gagné 87 % au cours de la même période.

Enfin, le rendement récent des banques canadiennes (en hausse de 4,7 % seulement depuis le creux du 23 janvier) révèle que les investisseurs n’ont pas encore pleinement intégré une sortie de récession. Nos recherches démontrent qu’un rebondissement économique a peu de chance d’être très durable sans une forte contribution des services financiers. Dans chacune des cinq dernières reprises, les banques avaient pris la tête du marché.

Conclusion : Si, en tant qu’économistes, nous continuons de nous inquiéter des perspectives, en qualité de stratèges, nous croyons que le récent repli a créé une occasion unique de bâtir un portefeuille bien diversifié et centré sur la valeur.

Lorsque les investisseurs commenceront à anticiper la fin du cycle économique, d’importantes liquidités seront réinvesties dans le marché boursier. Et à la lumière de ce qui s’est produit par le passé, les secteurs qui bénéficieront le plus de cette injection de liquidités sont les services financiers, la TI et les valeurs cycliques précoces.

Pierre Lapointe Stratège et analyste quantitatif Pierre.Lapointe@nbf.ca

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