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L’euro fort dérange...

Dans les coulisses de la BCE

dimanche 27 avril 2008, par Christine Deslandes


Michel Santi – Le retour au pouvoir de Silvio Berlusconi en Italie constitue un cauchemar pour la Banque Centrale Européenne.

L’axe Paris-Rome exercera une pression intense afin de réduire les taux européens. Ainsi, la concertation Sarkozy-Berlusconi aura pour but de persuader la BCE que le pouvoir politique, donc élu, doit avoir le dernier mot, et ce, au moment où les deux dirigeants déplorent la fermeté de l’euro.

De fait, la flambée du coût du travail, favorisée par la productivité anémique et les augmentations salariales, aurait fait perdre à l’économie italienne une compétitivité chiffrée à 40 % par rapport à l’économie allemande depuis 1995 !

À deux doigts de la récession, l’économie italienne connaîtra, selon le FMI, une croissance de 0,3 % en 2008 et en 2009, qui se traduira par une aggravation des déficits publics dans un contexte où le gouvernement ne peut plus user - ou abuser - de l’arme de la dévaluation... Qui plus est, le système financier italien semble à l’orée d’une crise, une banque régionale, Credito Valtellinese, venant de se voir incapable d’honorer le remboursement de sa dette obligataire !

De son côté, le président français exprime ouvertement sa réprobation par rapport à l’appréciation de près de 30 % de l’euro en deux ans, craignant que de plus en plus d’industries françaises ne soient forcées de délocaliser pour survivre.

La politique étant une donnée incontournable en Europe, l’équilibre des forces est en train d’évoluer et il y a fort à parier qu’un front commun se constituera prochainement et inclura l’Espagne. Cette coalition réunira ainsi trois des quatre plus importantes économies de la zone euro.

Pendant ce temps, les responsables de la BCE invoquent la loi européenne pour préserver leur indépendance. Mais ils sont dans l’erreur quand ils prétendent que les traités européens les soustraient à toute pression politique.

En effet, l’article 111 du Traité de Nice autorise les politiciens à définir un cours de change fixe par un vote unanime et à décider des grandes lignes de change à la majorité qualifiée...

Cet article, bien qu’il n’ait jamais été mentionné ouvertement, hante néanmoins les responsables de la BCE car, dans l’absolu, les ministres européens seraient habilités à forcer une réduction de taux en Europe !

M. Berlusconi est loin de partager l’enthousiasme européen de son prédécesseur, Romano Prodi, qui, hormis ses anciennes responsabilités de président de la Commission Européenne, avait nommé Tommaso Padoa-Schioppa, membre fondateur de la BCE, au poste de ministre des finances...

Enfin, souvenons-nous que Berlusconi partagera le pouvoir avec la "Ligue du Nord" qui, lors de son précédent gouvernement, avait plaidé pour le retour de la lire afin de « moins subir les contraintes européennes ».

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